Maychai Brown

L’Alliance canadienne pour la recherche sur le cancer du sein (ACRCS), qui regroupait, sur une base volontaire, 11 fondations et organismes gouvernementaux bien connus (voir encadré) a mis fin à ses activités le 31 mars 2010, avec l’accord de tous, après 17 ans de fonctionnement. Grâce à elle, 583 projets de recherche canadiens de calibre international ont bénéficié d’un financement total de plus de 197 millions de dollars.

Jackie Holzman, vice-présidente au moment de la dissolution, a récemment affirmé :  « L’ACRCS était un excellent modèle en ce qui concerne la distribution des fonds consacrés à la recherche ». Il est donc légitime de se demander pourquoi elle a mis fin à ses activités. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Des rumeurs non fondées veulent que certains des partenaires jugeaient que leur organisme n’était pas reconnu comme il aurait dû l’être. Il se pourrait également que l’organisme se soit simplement fixé des objectifs trop ambitieux.                        

En 2007, un comité d’examen composé d’experts externes a mis l’ACRCS au défi « d’être plus stratégique et proactive dans l’encadrement de la recherche sur le cancer du sein. »

L’ACRCS a réagi en organisant l’année suivante un sommet national visant à façonner l’avenir de l’Alliance. De l'avis des 75 participants, il fallait modifier les modalités du financement de la recherche canadienne sur le cancer du sein. Plusieurs problèmes ont été soulignés :

• le dédoublement des recherches;

• le fait que les découvertes ne donnaient pas lieu à des applications pratiques assez rapidement;

• le fait que les nouvelles recherches ne tenaient pas compte des découvertes récentes;

• la trop grande part du financement allouée aux recherches menées à l’initiative des chercheurs plutôt qu’aux projets de recherche ciblés.

Par la suite, l’ACRCS a invité 16 experts scientifiques à former un groupe de travail et, en s’inspirant des conclusions du sommet national, à effectuer un examen exhaustif de l’état de la recherche, en portant une attention particulière aux recherches susceptibles de profiter rapidement à la pratique médicale.

Résultat : le groupe de travail a déposé, en décembre 2009, un impressionnant document de 80 pages intitulé : Cadre national de recherche sur le cancer du sein : une feuille de route pour la recherche (http://framework.cbcfonta-rioreport.ca/?lang=fr). Pour les coprésidentes du groupe de travail, les Dres Eva Grunfeld et Morag Park, il s’agissait de la première initiative mondiale du genre en ce qui concerne la recherche sur le cancer du sein.

Le Cadre national énonçait 17 secteurs de recherche au potentiel élevé, dont le tiers n’avait jamais été financé au Canada. Entre autres, deux secteurs avaient grandement besoin de financement : le dépistage précoce et, sujet en phase avec la mission d’ACSM, « l’étiologie (causes du cancer) – comprendre l’interaction des multiples facteurs : la génétique et l’environnement ».

La dernière partie du Cadre était un « Appel à l’action », annonçant l’engagement du conseil d’administration de l’ACRCS à consacrer les cinq années suivantes à la promotion du Cadre national, en soutenant activement le réseau des organismes subventionnant la recherche sur le cancer du sein, en assurant la liaison entre eux à des fins de collaboration et en surveillant les progrès futurs afin de maintenir à jour les priorités de recherche.

Durant les quatre mois suivant la publication du Cadre, quelque chose a amené les partenaires à reculer. L’annonce, par l’ACRCS du fait qu’il n’y aurait pas d’autre mandat de cinq ans, le 1er avril 2010, a eu l’effet d’une bombe (http://www.breast.cancer/ca/detail-fr.htm). Les anciens partenaires ont affirmé leur intention de « financer la recherche sur le cancer du sein, que ce soit à l'intérieur de [leur] propre organisation ou par le biais d'éventuels nouveaux partenariats » et leur désir de « concentrer leurs efforts collectifs sur le soutien, la promotion et la mise à jour du Cadre national de recherche sur le cancer du sein ». Cependant, aucun plan n’était annoncé pour la suite des choses.

Les anciens membres sont peu enclins à nous faire part des raisons du recul. Après trois années d’introspection, la fatigue organisationnelle s’était-elle installée?

Leur participation au financement d’un secrétariat pour faciliter les réunions, forums et analyses prévus dans l’« Appel à l’action » leur semblait-elle trop coûteuse? Ou alors, les organismes souhaitaient-ils simplement voler de leurs propres ailes après 17 années de travail en tandem?

Au moment d’écrire ces lignes, presque deux ans après l’annonce de la dissolution, il n’e-xiste dans les faits aucune structure capable de prendre le relais. Comme les anciens partenaires agissent désormais de façon indépendante, la collaboration présentée dans le Cadre ne s’est pas concrétisée.

Toutefois, certaines activités visant la formation d’un nouveau groupe sont en cours. Quelques mois avant la dissolution, un des partenaires, la Fondation canadienne du cancer du sein (FCCS), s’est porté volontaire pour piloter un nouveau projet de collaboration. La FCCS s’est également proposée comme gardienne par intérim du Cadre national de recherche sur le cancer du sein en assurant la gestion du site Internet (http://www.nationalframework.ca).

Brian Bobechko, Directeur principal des subventions et partenariats nationaux de la FCCS (région de l’Ontario), a communiqué avec les anciens partenaires de l’ACRCS afin de jeter les bases d’une nouvelle entité devant s’appeler le Collectif canadien pour la recherche sur le cancer du sein. Il a ajouté que, si la FCCS a tant tardé, c’est en partie en raison des nombreuses démarches nécessaires à la dissolution complète de l’ACRCS.

Un des partenaires du collectif envisagé est la Société canadienne du cancer. L’ancien vice-président à la recherche de cet organisme, le Dr Michael Wosnick, utilise l’image de « l’agence matrimoniale » pour définir le mode de fonctionnement du Collectif. Au lieu de recueillir des fonds auprès de tous ses membres, il incitera les orga-nismes de financement partageant les mêmes intérêts à s’associer pour soutenir les recherches scientifiques appa-rentées à leurs missions. Le Collectif s’inspirera des priorités de recherche établies dans le Cadre national et il aura pour mandat d’évaluer ces priorités de façon continue et de les mettre à jour.

Il reste beaucoup de travail à accomplir dans l’établissement de ce nouveau collectif. Le fait que le démarrage ait tant tardé soulève quelques questions. Est-ce que l’enthousiasme pour la vision portée par le Cadre s’est affaibli? Est-ce que les orga-nismes de financement qui ont agi seuls depuis deux ans estimeront que le Collectif sera suffisamment utile au regard de leurs objectifs pour y investir?

D’ici à ce que le Collectif voie le jour, il est à espérer que les bailleurs de fonds porteront une attention spéciale aux 17 prio-rités de recherche énoncées dans le Cadre national. Il semble que ce soit le cas. À preuve, la Fondation canadienne du cancer du sein a investi cinq millions de dollars dans une de ces grandes priorités, le dépistage précoce. ACSM souhaite que les organismes de financement canadiens en soutiennent une autre, soit « l’é-tiologie (causes du cancer) – comprendre l’interaction des multiples facteurs : la génétique et l’environnement ».

Tous ceux qui se soucient de la recherche sur le cancer du sein espèrent que le Collectif prendra forme et sera aussi efficace, sinon plus, que l’ACRCS. L’avenir nous dira si le Cadre visionnaire de 2009 conduira le milieu de la recherche sur le cancer du sein au Canada à comprendre et à éliminer cette maladie.

Groupes affiliés à l’ACRCS

Partenaires

Société canadienne du cancer

Institut de recherche de la Société canadienne du cancer (anciennement l'Institut na-

ional du cancer du Canada)

Santé Canada

Agence de la santé publique du Canada

Fondation canadienne du cancer du sein (La Course à la vie)

Fondation Flamme Avon

Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC)

Réseau canadien du cancer du sein (RCCS)

Amis

Fondation CURE (Journée du denim)

Société du cancer du sein du Canada

Société de recherche sur le cancer

 

(La Fondation du cancer du sein du Québec n’était pas affiliée à l’ACRCS.)